Sécheresse en Afrique: un désastre humanitaire

Plusieurs pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe, touchés par une vague de sécheresse sans précédent depuis déjà plusieurs mois, ont déclaré l’état de catastrophe.

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Sols arides en Afrique. Source: Oxfam International.

Selon le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies, 40 millions de personnes en zone rurale et 9 millions en zone urbaine - du Mozambique au Swaziland en passant par le Malawi et l’Afrique du Sud - vont nécessiter une aide alimentaire urgente dans les prochains mois. Le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l'ONU a également indiqué dans son dernier rapport que 10 millions de personnes en Ethiopie seraient également en besoin d’assistance.


L’impact d’El Nino
Conséquences sur le secteur agricole
En cause, le phénomène climatique El Nino. Affectant le régime des vents, il entraîne une montée des températures, des sécheresses, des inondations et une plus grande occurrence de cyclones. Si ce phénomène est récurrent et naturel – le résultat de flux de courants dans l’Océan Pacifique - celui qui a débuté mi-2015 a été l’un des plus extrêmes jamais enregistrés. Les conséquences sur l’agriculture sont lourdes : la sécheresse a sévit en Afrique de l’Est pendant la période des pluies, affectant particulièrement la production de céréales et de légumes, dont un très faible taux sera susceptible d’être récolté.
En Afrique du Sud, le manque d’eau a également affecté la production de maïs, dont le rendement a été le plus faible depuis 2007, obligeant le gouvernement à importer massivement pour subvenir aux demandes à la fois de sa propre population mais également des pays voisins, le maïs étant l’aliment de base d’une grande partie de la population. En effet, le Swaziland et le Botswana en particulier sont les principaux pays importateurs de maïs d’Afrique du Sud, et vont d’autant plus en avoir besoin que leurs propres productions agricoles sont également affectées par la sécheresse.


Conséquences économiques
Au niveau économique, une des conséquences les plus notables est la hausse du prix des denrées alimentaires, privant les populations les moins fortunés d’accès à la nourriture. Au fur et à mesure que les pays africains touchés se tournent vers l’importation pour subvenir à leurs besoins, les prix augmentent de manière drastique. Le Zimbabwe et le Mozambique ont déjà  indiqué une augmentation de plus de 50% du prix du maïs en comparaison à l’année précédente ; la situation est plus dramatique encore au Malawi, ou le prix aurait augmenté de 73% à par rapport à décembre 2015.
Conséquences sur les populations
Les populations les plus fragiles sont celles qui souffrent le plus fortement du manque de nourriture attendu : aujourd’hui, un million d’enfants souffrent déjà de malnutrition sévère, selon les derniers chiffres fournis par l'UNICEF.

Certains pays plus impactés que d’autres
Si tous des pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe souffrent des conséquences d’El Nino, les vulnérabilités inhérentes à chaque pays, qu’elles soient d’ordre économiques ou politiques, impliquent des impacts inégaux. Ainsi, si l’Afrique du Sud, le pays le plus riche d’Afrique, est susceptible de pouvoir relativement protéger sa population de la famine, la Mozambique, un des pays les plus vulnérables aux phénomènes climatiques et dont une partie du territoire est costal, a souffert à la fois de sécheresses dans le Sud et d’inondations dans le Nord. Les impacts de ces catastrophes naturelles sont d’autant plus graves que sa vulnérabilité économique ne peut lui permettre de développer suffisamment sa résilience afin de faire face aux situations climatiques extrêmes et à l’éventualité d’une famine.


Les mesures des gouvernements
Il est dit qu’une famine est toujours d’ordre politique : elle traduit effectivement à la fois les inégalités au sein de la société et entre pays. La réponse politique est d’autant plus primordiale et essentielle.
Le Ministre des Affaires Etrangères éthiopien Tedros Ghebreyesus a indiqué que son gouvernement avait alloué 300 millions de dollars à l’achat de blé sur le marché international. L’Afrique du Sud, quant à elle, a importé 600,000 tonnes de maïs pour répondre à ses engagements, et a également appelé sa population à surveiller étroitement et limiter son utilisation d’eau.


L’appel à l’assistance internationale
Ces mesures restent limitées : si l’Ethiopie a dépensé 300 millions de dollars, il est estimé que plus d’un milliard serait nécessaire pour subvenir aux besoins de sa population.
Le recours à l’assistance internationale est donc essentielle, et certains pays ont enclenché des mesures d’aide : le Département du Développement International de Grande-Bretagne (DfID) s’est ainsi engagé à fournir 11 millions de dollars destinés aux urgences climatiques en Mozambique sur une période de trois ans.
Néanmoins, la prédominance dans l’espace public et médiatique de problématiques liées à la Syrie, au terrorisme et à Ebola fait craindre que les grands donateurs ne prennent pas totalement conscience de la gravité de la situation en Afrique : c’est l’inquiétude du ministre du DfID Nicholas Hurd : « La communauté internationale est dispersée, entre le cas de la Syrie et d’Ebola. […]Dans un monde qui rencontre une recrudescence de défis à relever, il y a toujours un risque que l’impact d’El Nino soit sous-évalué. »   

Sources:
John Vidal, “El Nino is causing global food crisis, UN warns”, The Guardian, 17 février 2016. Disponible en ligne: http://www.theguardian.com/global-development/2016/feb/17/el-nino-leaves....


Le Monde.fr, «La sévère sécheresse persiste en Afrique du Sud», Le Monde, 13 novembre 2015. Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/13/la-severe-secheresse-pe....


John Vidal, “As Mozambique's rivers dry up, the hopes of a harvest evaporate too”, The Guardian, 17 février 2016. Disponible en ligne: http://www.theguardian.com/global-development/2016/feb/17/mozambique-dro....


SlateAfrique., « Entre rivières évaporées et famine, l'Afrique fait face à une sécheresse sans précédent », Slate, 18 février 2016. Disponible en ligne : http://www.slateafrique.com/652343/secheresse-afrique.

Déclaration de la FAO, "Afrique australe: El Nino aura un impact dévastateur sur les récoltes et la sécurité alimentaire", 12 février 2016, Rome. Disponible en ligne: http://www.fao.org/news/story/fr/item/382998/icode/.

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