La mutilation génitale féminine au Daghestan : description de cette pratique

ACTUALITE – Le 15 août passé, l’organisation Initiative pour la justice russe a publié un rapport détaillé de 58 pages qui fait état de la mutilation génitale féminine au Daghestan, plus communément appelé l'excision. Provoquant un tollé médiatique à la suite du commentaire du mufti Ismaïl Berdiev, chef du Centre de coordination des musulmans dans le Caucase du Nord, se disant favorable à l'excision, le débat a ainsi enflé, mettant en lumière ce sujet qui attaque les libertés fondamentales des filles et des femmes de cette région. Retour sur les faits.

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Groupe de femmes au Daghestan vers 1910 – source : Sergueï Mikhaïlovitch Prokudin-Gorskii

L’excision des jeunes filles au Daghestan, une pratique commune dans cette république fédérale russe

L’organisation Initiative pour la justice russe a effectué une enquête de longue haleine au Daghestan, cette république russe qui semble pratiquer l’excision sur des jeunes fillettes. Intitulé « Pratique d’opérations invalidantes sur les organes génitaux des filles au Daghestan », ce rapport décrit en russe et à l’aide de nombreux témoignages l’important recours à cet acte dans la région du Caucase du Nord.

Le rapport décrit très précisément que cette pratique est « répandue dans les villages de montagne et dans les villages des plaines où vivent des populations venues des montagnes ».1 Dans les faits, ils ont tendance à enlever une partie du clitoris ou des lèvres mais ne pratiquent pas la forme la plus extrême que l’on retrouve dans certaines régions d’Afrique, à savoir la fermeture d’une partie du vagin.2

Ces actes sont « activement »3 pratiqués et ne vont pas s’arrêter prochainement parce qu’il n’y a pratiquement aucune opposition des femmes.4 Certaines ont expliqué que la mutilation génitale féminine était « a Muslim duty for their daughters ».5

 

Une pratique archaïque condamnée par les Nations Unies

Les textes internationaux s’opposent complètement à cette pratique. Les Nations Unies considèrent que c’est du « child abuse »,6 de la maltraitance sur enfants en français. 

En effet, causant de multiples séquelles physiques et psychologiques, cette pratique n’est pas tolérée dans la plupart des pays du monde.7 La Russie ne condamne pas l’excision mais a promis d’ouvrir une enquête sur les faits décrits dans le rapport.8 L’opinion publique russe a été surprise de savoir que cette pratique souvent liée aux coutumes africaines était en réalité également commise dans « la Russie moderne ».9 

Alexandre Brod, président du conseil des droits de l’homme à Moscou, est intervenu pour dire que « cette coutume est archaïque, conservatrice et absolument pas indispensable. ll est bien triste qu’elle apparaisse au Daghestan où, sur fond de dégradation économique, l’islam se radicalise et se sert de ce genre de pratique inhumaine comme d’une arme. Les déclarations du mufti Berdiev sont absurdes et anti-humanistes. Mais, à partir du moment où il existe une demande pour ce genre d’interventions, actuellement pratiquées à la maison dans des conditions non stériles, il faut au moins exiger des médecins  pour pratiquer ces opérations ».10

 

Toute la question est ici posée. Est-il envisageable d’encadrer cette pratique, notamment médicalement parlant, au lieu de l’interdire complètement ? L’interdiction n’induit-elle pas le recours à des moyens clandestins qui pourraient être dangereux pour les fillettes ? Ne faut-il pas insister sur un profond changement des mentalités avant d’interdire l’excision, pratiquée en grande partie dans des régions reculées ? Ou alors, peut-on interdire ce processus et mettre en place une forme de surveillance en augmentant les visites médicales auprès des enfants pré-pubères ?

Les questions sont nombreuses. Il est important de réfléchir à ce sujet en se rappelant que la mutilation génitale féminine est une réelle entrave aux libertés fondamentales des femmes et a fortiori, des droits humains. Il est pour le moment essentiel de laisser la Russie procéder à son enquête et d’espérer constater une différence qui sera profitable à ces dizaines de milliers de filles touchées par ces mutilations au Daghestan.

 

1 Laurence HABAY (19 août 2016), « Russie. Un rapport révèle la pratique courante de l’excision au Daghestan », Le Courrier International. Repéré à : http://www.courrierinternational.com/article/russie-un-rapport-revele-la...

2 BBC (18 août 2016), « Russia furore over FGM in mainly Muslim Dagestan », BBC News. Repéré à : http://www.bbc.com/news/world-europe-37115746

3 Laurence HABAY, op. cit.

4 IBID

5 BBC, op. cit. Traduction par mes soins : "un devoir musulman pour leur filles".

6 IBID

7 Ibid

8 Laurence HABAY, op. cit.

9 IBID

10 IBID

 

Par Sonia Rodríguez - Coordinatrice de projets au CIPADH 

 

Webographie

BBC (18 août 2016), « Russia furore over FGM in mainly Muslim Dagestan », BBC News. Repéré à : http://www.bbc.com/news/world-europe-37115746

Laurence HABAY (30 décembre 2015), « Russie. Le Daghestan, nouvelle cible de Daech », Le Courrier International. Repéré à : http://www.courrierinternational.com/article/russie-le-daghestan-nouvell...

Laurence HABAY (19 août 2016), « Russie. Un rapport révèle la pratique courante de l’excision au Daghestan », Le Courrier International. Repéré à : http://www.courrierinternational.com/article/russie-un-rapport-revele-la...

Claire SERGEANT (18 août 2016), « Russie : des religieux se prononcent en faveur de l’excision », Euronews. Repéré à : http://fr.euronews.com/2016/08/18/russie-des-religieux-se-prononcent-en-...

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