La Journée internationale des droits de l'homme mise en pratique au Lycée Saint-Paul

Jeudi 10 décembre, à l’occasion de la Journée Internationale des droits de l’homme et du 70ème anniversaire des Nations-Unies, le Service Culturel du Campus St Paul-St Georges de Vannes (Bretagne) a organisé, en collaboration avec le CIPADH et d’autres ONGs, une journée d’ateliers sur ces thèmes, suivie d’une table ronde en soirée rassemblant de nombreux experts. Cette journée s’inscrivait plus particulièrement dans une semaine dédiée aux droits de l’homme du 10-18 décembre, initiée par l’établissement scolaire et ponctuée de diverses activités en lien avec ces sujets.

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Tamara Kloos et Céline Krebs animant les ateliers sur les droits de l'homme et l'ONU au Lycée Saint-Paul

La journée sur les droits de l’homme et le travail de l’ONU relatif à cette problématique avait comme ambition de familiariser plusieurs classes de lycéens de l’établissement sur des thèmes aussi variés que les droits de l’homme garantis par des traités internationaux, le fonctionnement de l’ONU, son rôle dans la promotion du maintien de la paix et du respect des droits de l’homme, et plus généralement, sur la possibilité d’une coopération supra-étatique et le partage de valeurs communes ou universelles entre les peuples. Cette tâche a été assumée par plusieurs professeurs d’histoire ou de philosophie de l’établissement, ainsi que par deux intervenantes du CIPADH. La coordination et la communication autour de cette journée a été assurée par Cédric Le Ru, Régisseur et Responsable de l’audiovisuel et de la communication pour le Lycée.


Les ateliers


La journée a été rythmée par diverses ateliers et présentations où 200 élèves ont pu s’initier au fonctionnement des Nations-Unies et à des thématiques complexes présentées selon une approche transdisciplinaire et une vision globale et critique des relations et institutions internationales. Les ateliers portaient les intitulés suivants :


Atelier 1 : L’ONU : Etape ou aboutissement d’un processus historique ?
Atelier 2 : Comment transmettre des valeurs universelles en respectant les identités culturelles ?
Atelier 3 : Quel rôle joue l’ONU dans la promotion des Droits de l’Homme ?
Atelier 4 : Faut-il une organisation mondiale pour résoudre des crises mondiales ?
Atelier 5 : Peut-on maintenir la paix par la guerre : « Peacekeeping – Peacebuilding » ?


Le Programme


Les représentantes du CIPADH – Tamara Kloos et Céline Krebs – ont dirigé les ateliers 1, 3 et 5 , en revenant sur les origines historiques et la volonté politique de faire émerger les principes de « sécurité collective » et de « paix et sécurité internationales » garanties premièrement par la Société des Nations en 1919, puis par la Charte des Nations-Unies en 1945. Après avoir présenté la structure de l’organisation, ses buts, ses prérogatives, les organes qui la composent, nous avons également souligné les problèmes liés à son manque de légitimité et d’adaptation aux enjeux économiques et politiques actuels. Plus spécifiquement, en évoquant la sous-représentation de certains Etats au Conseil de Sécurité ou encore l’utilisation abusive du droit de veto des cinq membres permanents qui bloquent des résolutions capitales qui pourraient justifier des interventions en Syrie ou au Yémen. Ce besoin de réformes structurelles a toutefois été contrebalancé par la capacité de l’ONU à s’adapter aux enjeux globaux, et notamment le changement climatique, grâce à l’adoption des « Objectifs de Développement Durable »  qui ont remplacé les « Objectifs du Millénaire » cette année.


Atelier 3 : Quel rôle joue l’ONU dans la promotion des Droits de l’Homme ?

Les représentantes du CIPADH ont également présenté plus en détails la contribution de l’ONU dans le domaine de la promotion des droits de l’homme et des missions de maintien de la paix pour répondre aux besoins des situations post-conflits. Les intervenantes ont insisté sur l’importance de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 comme norme fondamentale de droit international pour la promotion et la défense des droits de l’homme aussi bien civils et politiques qu’économiques, sociaux, culturels. Cette Déclaration a peu à peu été complétée par différents Pactes et traités qui forment un socle de base pour garantir les droits de l’homme de façon universelle, appelé « Charte internationale des droits de l’homme ».  Les différents organes et représentants qui entourent et vérifient la mise en application de nombreux traités – tels que la Commission des droits de l’homme, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme et le Haut-Commissaire – ont également été mentionné. Suite aux critiques virulentes face à la sélectivité des situations étudiées et à l’absence de contrôle systématique et efficace, la Commission de droits de l’homme a du se réformer en Conseil des droits de l’homme, crée en 2006. La création de cet organe s’est accompagnée d’un accroissement de ses pouvoirs grâce à de nouveaux instruments de protection des droits de l’homme. Nous avons alors présenté l’Examen Périodique universel qui permet la vérification de la mise en application des traités de tous les 193 membres de l’ONU qui doivent s’y soumettre tous les 4 ans. L’autre instrument est le rôle important joué par les Rapporteurs spéciaux qui sont des experts indépendants et qui enquêtent sur les violations des droits de l’homme d’après une thématique précise pour le compte du Haut-Commissariat.  Tout en nuançant les enjeux politiques persistants au sein du Conseil des droits de l’homme, nous avons conclu que l’ONU a réussi à instaurer un dialogue constructif et coopératif entre les Etats sur ces sujets et a rendu ces débats plus démocratiques en permettant la participation de la société civile et des médias.


Atelier 5 : Peut-on maintenir la paix par la guerre : « Peacekeeping – Peacebuilding » ?


L’atelier concernant les opérations de maintien de la paix mettait principalement l’accent sur les dilemmes de cet outil de l’ONU. Ces opérations constituent la principale composante du maintien de la paix internationale et sont également l’élément le plus visible du travail onusien sur la scène internationale. L’atelier se focalisait tout d’abord sur une définition des termes, en insistant sur les trois principes fondamentaux : le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force (sauf en cas de légitime défense ou lorsque leur mandat le rend indispensable). Les opérations de maintien de la paix de l’ONU étant absentes de la Charte et l'ONU n'ayant toujours pas clairement stipulé ce qu'il entend par ce terme, la terminologie utilisée pour les définir devient d’autant plus importants. Définir des termes comme peacebuilding (consolidation de la paix), peacekeeping (maintien de la paix) ou encore peace enforcement (imposition de la paix) et peacemaking (rétablissement de  la paix), a donc toute son importance.

La deuxième étape importante de l’atelier était de se questionner sur cet étrange concept de ‘soldats de la paix’, terme particulièrement complexe car ils utilisent la force pour établir la paix. Les Casques bleus de l'ONU assurent la sécurité et apportent le soutien politique nécessaire à la consolidation de la paix en aidant les pays à passer l'étape difficile de la transition vers la paix. Il est important de mentionner la contribution des états membres dans la mise en place des opérations de maintien de la paix dû au fait que l’ONU ne possède pas sa propre armée. La participation des états membres est donc indispensable et influence le délai de déploiement d’une mission. L’atelier se poursuivit par une évolution ainsi qu’un bilan des missions lancées depuis leur début dans les années 50, en s’attardant sur les multiples échecs subit dans les années 1990, comme le massacre de Srebrenica ou le génocide au Rwanda. Une transformation au niveau des conflits, devenant plus intra étatique que interétatique a grandement changé la dynamique des opérations, qui deviennent plus complexes, nécessitant une action à la fois politique, militaire et humanitaire. Pour finir, les 16 missions actuelles sont mentionnées tout en finissant par une remise en question de l’efficacité de ces opérations, en mentionnant les blocages présents au Conseil de Sécurité à cause du droit de véto des cinq membres permanents. Dans un contexte où il n’existe pas de consensus sur la marche à suivre et à un changement des opérations devenant plus complexes et multidimensionnelles, il est important de réfléchir à l’avenir des opérations de paix.

Réactions des lycéens


Les élèves ont reconnu la complexité de ces sujets et ont bien réagi à ces interventions en soulevant, à travers leurs questions, les tensions ou les limites inhérentes au fonctionnement des Nations Unies. Concernant la notion d’ « universalité des droits de l’homme », nous les avons amené à réfléchir à un compromis entre les spécificités culturelles que revendiquent les sociétés asiatiques ou africaines, par exemple, et l’impératif de respecter les droits de l’homme pour tous les individus. Une élève a alors pris le cas du droit à l’éducation en proposant d’instaurer le droit à l’éducation mais en laissant chaque pays libre de définir ses priorités et thèmes enseignés. En soulignant le fait que certains pays en développement considéraient leur développement économique comme primordial et un prérequis pour le respect des droits de l’homme, les élèves ont reconnu que « la démocratie semblait être un luxe » pour les autres pays alors que cela était un élément fondateur des sociétés européennes. Par ailleurs, ils ont soulevé certaines contradictions inhérentes au fonctionnement du droit international ou des missions de maintien de la paix appuyées par l’ONU. Afin de mieux leur faire comprendre le fonctionnement de l’ONU étant donné les vives critiques qu’essuie cette institution, nous avons tenté d’expliquer les raisons derrière les blocages et ainsi, l’impuissance du système onusien. Par exemple, les élèves ont mentionné la Résolution 242 du Conseil de Sécurité, ainsi qu’une trentaine d’autres résolutions non-respectées par Israël, qui ordonnait le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés ». Cet exemple montre bien le manque de respect du droit international, l’impunité de certains Etats comme Israël du fait leur relation privilégiée avec un des cinq membres permanents.    De plus, les élèves ont également fait part de leur préoccupation concernant  le mandat des casques bleus qui sont parfois considérés comme impuissants face à des conflits ou des affrontements où l’emploi de la force est prohibé.


Remarques finales


Le CIPADH, de concert avec le Lycée Saint Paul, a reconnu l’importance de porter la compréhension de ces enjeux à l’attention des jeunes générations – sujets sont souvent peu abordés durant leur parcours scolaire – ce qui peut entraîner un désintérêt, voire même une méfiance vis-à-vis de la coopération internationale et du système onusien. Il est donc fondamental que ces étudiants comprennent le fonctionnement, les causes derrière les problèmes mais aussi les réformes nécessaires à cette coopération inter-gouvernementale. En effet, il incombera à cette future génération de défendre ces idéaux de paix et de droits de l’homme au niveau global, là nos prédécesseurs n’ont que partiellement réussi.