Human Rights Watch : la montée du populisme menace les droits humains

ACTUALITÉ – La sortie du Rapport 2017 de Human Rights Watch met l’accent sur les nombreuses violations des droits humains dans le monde. La montée du populisme et de l’image de « l’homme fort »[1] ont un impact négatif sur la protection des droits humains et des libertés fondamentales. Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch, a écrit l’essai introductif traitant de cette question, analysant ce fait dans plusieurs pays du monde. La dangereuse montée du populisme démontre comment « les valeurs des droits humains sont attaquées dans le monde ».[2] Retour sur l’article.

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Human rights – source : pixabay

Dans le rapport complet, disponible uniquement en anglais, Human Rights Watch (HRW) présente les essais de plusieurs spécialistes des droits humains ainsi que les recherches effectuées sur place, démontrant les abus commis par les pays dans le monde.

La dangereuse montée du populisme est l’article écrit par Kenneth Roth, directeur exécutif de HRW. Son opinion est appuyée d’exemples et s’entame par une contextualisation et une explication de cette situation. Pourquoi le populisme est-il si important actuellement ? Quelles sont les menaces pour les droits humains ? Quelles mesures peut-on prendre ?

Kenneth Roth explique que les droits humains sont une nécessité, permettant de protéger les individus et d’imposer des obligations à l’Etat. Ce principe se veut universel mais également réciproque : « l’autre doit être traité comme on voudrait l’être soi-même ».[3] Actuellement, ces valeurs façonnées pendant septante ans sont remises en question par la montée des populismes, notamment dans les pays occidentaux. Il évoque plusieurs raisons à cela : « (…) nombreux sont ceux qui se sentent laissés pour compte par les changements technologiques, la mondialisation et les inégalités croissantes. D’odieuses attaques terroristes engendrent peur et appréhension ».[4] Selon lui, ces causes engendreraient un sentiment de défiance envers les élites politiques et les citoyens préféreraient se tourner vers des personnalités qui prônent des idées de rejet, notamment au sujet des droits humains perçus comme une menace envers la sécurité nationale.

Il affirme également que la remise en question du pouvoir judiciaire est en constante augmentation et que ça engendre une forme de pouvoir absolue, ce qui serait « le plus grand danger à l’heure actuelle pour l’avenir des démocraties occidentales ».[5]

Un autre point qu’il discute est la faiblesse des réactions. Roth note que plusieurs exemples dans le monde démontrent que les valeurs des droits humains sont mal défendues. Il parle par exemple du cas britannique où la première ministre Theresa May minimise les accusations de torture en Irak. Il cite également l’exemple de Rodrigo Duterte au Philippines qui a « publiquement appelé à l’exécution (…) des individus ».[6] Il balance néanmoins son propos en mettant en avant le cas Merkel ou Trudeau, deux chefs d’Etat qui défendent les droits humains avec ferveur. Récemment, ils ont notamment fait la une de la presse internationale en s'opposant à Trump et à son décret présidentiel empêchant des personnes de certains pays de venir sur le sol américain.[7] Roth lui-même parle de Donald Trump et explique qu'il mène une « politique d’intolérance ».[8] Ses propos discriminants, sa diabolisation envers les musulmans ou son idée d'un possible retour de la torture sont autant d’éléments mentionnés par Roth qui étoffent ce propos.

La critique de Roth ne se construit pas uniquement autour des exemples occidentaux mais prend un point de vue global. La valorisation de l’homme fort à travers l’image de Vladimir Poutine ou Xi Jinping est également présentée afin d'illustrer les risques pour la démocratie ou la liberté d’expression. Il rappelle ainsi les nombreuses sanctions que reçoit la société civile dans ces pays quand elle prétend manifester son mécontentement. La fermeture de certaines ONGs en Russie sont un exemple frappant de cette politique. 

Par ailleurs, il parle du cas inquiétant de la Cour Pénale Internationale (CPI) que de nombreux pays africains ont menacé de quitter. Il a souligné que le point en commun est la recherche de « l’impunité ».[9]

Il finit enfin son article avec les attaques qu’ont reçus les civils syriens, victimes de crime de guerre. Il lamente qu’aucunes sanctions n’aient été envisagées par la communauté internationale et soulève par ce biais un problème de taille. Il explique que la réaffirmation des valeurs humanistes passe par leur réaffirmation au sein des Etats ainsi qu’à l’ONU. Il explique également que la société civile doit « pour protéger l’espace civique là où il est menacé, bâtir des alliances entre les communautés pour souligner que les droits humains sont leur intérêt commun, et réduire les divisions Nord-Sud pour unir nos forces contre les autocrates qui eux, de toute évidence, apprennent les uns des autres ».[10] Enfin, il revient sur le public et rappelle que « les populistes prospèrent en l’absence d’opposition ».[11] Ainsi, le journalisme, les manifestations de la société civile ou les partis politiques sont autant de moyen pour se défendre.

Roth suggère des solutions possibles afin d’éviter une trop importante montée des populismes, qui sont un danger pour les démocraties et les valeurs humanistes. Si l’exemple des Etats-Unis et les mobilisations populaires à l’encontre de son président récemment élu tendent à confirmer cette idée, les droits humains sont néanmoins fortement menacés et il n’est pas toujours de bon ton de les défendre. Kenneth Roth averti à ce sujet :

La culture du respect des droits humains doit être constamment entretenue, à défaut de quoi les peurs du moment viendront balayer la sagesse sur laquelle s’est bâtie la démocratie.[12]

 

Notes de bas de page

[1] Kenneth ROTH, Human Rights Watch, Rapport Mondial 2017. Evénements de 2016, Rapport mondial annuel, New York, Janvier 2017, 247 pages. Disponible sur : https://www.hrw.org/sites/default/files/supporting_resources/wr2017fr_abridged_0.pdf (consulté le 1er février 2017), p. 2

[2] IBID, p. 10

[3] p. 3

[4] p. 2

[5] p. 4

[6] p. 5

[7] Anthony Berthelier (29 janvier 2017), Le Huffigton Post, « Décret anti-musulmans de Donald Trump: la France condamne, le Canada réagit et le Royaume-Uni reste silencieux ». Disponible sur : http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/29/decret-anti-musulmans-de-donald-trump-la-france-condamne-le-ca/

[8] Kenneth ROTH, p. 6

[9] p. 14

[10] p. 16

[11] p. 17

[12] IBID

 

Par Sonia Rodríguez - Coordinatrice de projets au CIPADH

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