« Being born a girl » : le droit des femmes est une affaire de tous

ACTUALITÉ – « Les femmes n’ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d’autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles ». Michel de Montaigne a écrit cette phrase en 1588 dans Essais, Livre III. Les esquisses d’une réflexion sur les inégalités sont posées. Aujourd’hui, en 2017, les discriminations envers les femmes sont parfois violentes et certains de leurs droits sont systématiquement remis en question. En cette journée qui célèbre les droits des femmes, revenons sur ce qu’elle dénonce et ce qui peut être accompli pour atteindre l’égalité entre hommes et femmes.

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"We can do it!" Symbole féministe américain des années 80 - source : wikipedia

La journée des femmes, que célèbre-t-on ?

La journée internationale des femmes est célébrée le 8 mars et permet de « faire le point sur les luttes et les réalisations passées, et surtout, de préparer l'avenir et les opportunités qui attendent les futures générations de femmes »[1] selon les Nations unies. Sur le site Internet consacré à la journée du 8 mars, il y est également expliqué que cette journée est pour rappeler que « tant que l’égalité entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte, nous aurons besoin de la célébrer ».[2]

Mais pourquoi le 8 mars ? Des raisons historiques sont à la base de ce choix. Le rassemblement des femmes socialistes au début du XXe siècle afin d’« exiger la réalisation des droits des femmes et leur participation au processus politique et économique »[3] a inspiré cette date. La grande manifestation des ouvrières russes en 1917 qui provoquera la révolution est l’événement symbole qui marque le début du combat des femmes pour obtenir des droits, tel que le vote ou l’accès au travail.[4] L’ONU va proposer la date du 8 mars en 1975 et va officialiser la nécessité de célébrer le droit des femmes dans la résolution 32/142, en 1977.

Une confusion autour de la façon de nommer cette journée a été au centre de nombreux débats. En effet, souvent appelé « Journée de la femme », cette idée a laissé supposer qu’il fallait « mettre à l’honneur un soi-disant idéal féminin »,[5] réduisant les femmes à « une seule identité ».[6] Issu d’une maladresse de traduction, le titre original anglais est « International Women’s Day », ce qui comprend le pluriel et célèbre les diversités. Fanny Benedetti, directrice exécutive du comité français d’ONU Femmes, s’est exprimé à ce sujet en 2016 : « Il s’agit d’une mauvaise traduction à l’origine de cette journée qui a été inscrite dans les différentes résolutions depuis 1977 et n’a jamais été corrigée ».[7] A ce sujet, Françoise Picq, spécialiste des mouvements féministes, affirme que « les militantes féministes insistent sur le terme de journée des femmes, et même de journée de lutte, c'est un moyen de mettre l'accent sur l'aspect de lutte ».[8] 

Comment s’organise cette lutte ? Quels sont les moyens pour promouvoir l’égalité et défendre les droits des femmes ?

 

« Women’s rights are human rights »

Cette idée est articulée par Hillary Rodham Clinton le 5 septembre 1995 lors du désormais célèbre Discours de Pékin. Souvent reprise dans le cadre de discours promouvant le droit des femmes, cette phrase semble aujourd’hui logique : les droits des femmes sont aussi des droits humains. Pourtant, les chiffres démontrent qu’un travail de prévention doit encore être accompli.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a sorti un aide-mémoire en 2016 concernant La violence à l’encontre des femmes. L’OMS y a constaté qu’au niveau mondial, près d’un tiers de femmes (30%) ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire intime. S’ils précisent que ces valeurs varient selon les régions du monde, les conséquences sont néfastes, notamment pour la santé des victimes : dépression, avortement, infections sexuellement transmissible (dont le HIV), suicide ou mort, autant de problèmes qui affectent les victimes et leur entourage, engendrant souvent des coûts sociaux et économiques importants.[9]

Le FIDH, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, s’est également penchée sur les droits des femmes, mais dans une perspective plus globale. Ils dénoncent que les droits des femmes sont violés et menacés partout dans le monde en raison d’« attaques portées par des mouvements populistes, réactionnaires ou religieux ».[10] Tout comme l’OMS, ils mettent l’accent sur les violences commises sur les femmes mais également sur les discriminations qu’elles subissent lié au monde du travail (différence salariale, accès à des postes hauts-placés), au droit de disposer de leur corps (accès à l’IVG) ou encore aux droits les plus basiques (droit de vote, accès à l’éducation). Ainsi, ils appellent au militantisme à tous les niveaux afin de réduire ces discriminations.

La femme n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux. Simone de Beauvoir

Being born a girl est le slogan que le FIDH avait arboré en 2016 dans une campagne vidéo sensibilisant sur les discriminations que vivent les femmes toute leur vie et qui « compromettent fortement leurs perspectives d’avenir ».[11] Le but de cette campagne est de toucher les citoyens et de leur donner les arguments pour se mobiliser. La mobilisation peut prendre plusieurs formes : individuelle par l’action sur les réseaux sociaux (avec le hashtag #IWD2017) ou collective, par des manifestations. L’ONU le fait également en appuyant cette année sur le thème du monde du travail et de la parité. Tout le monde est concerné par cette journée parce que l'égalité est primordiale afin de promouvoir les droits humains et la paix. Comme l’a exprimé le Prix Nobel de la Paix 2014, Malala Yousafzai :

Do not wait for someone else to come and speak for you. It’s you who can change the world.*

 

Notes de bas de page

* Traduction : « N’attendez pas que quelqu’un d’autre vienne et prenne la parole pour vous. C’est vous qui pouvez changer le monde ».

[1] Nations unies (2017), « Journée internationale des femmes 8 mars. Origines de la journée ». Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/womensday/history.shtml

[2] 8 mars (2003-2017), « Le 8 mars célèbre la Journée Internationale des Femmes ». Disponible sur : http://8mars.info/

[3] Nations unies (2017), op. cit.

[4] IBID

[5] 8 mars (2003-2017), « Comment dit-on ? La « Journée de la Femme » n’existe pas ! Dites simplement « journée des femmes » ». Disponible sur : http://8mars.info/comment-dire  

[6] IBID

[7] IBID

[8] Hélène FERRARINI (7 mars 2014), « Le 8 mars, célèbre-t-on la journée des femmes, de la femme? De leurs droits? », Slate. Disponible sur : http://www.slate.fr/france/84307/journee-des-femmes-ou-de-la-femme-8-mars

[9] Organisation mondiale de la Santé (novembre 2016), « Aide-mémoire. La violence à l’encontre des femmes ». Disponible sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs239/fr/

[10] FIDH (8 mars 2017), « Communiqué. 8 mars : Face aux attaques et régressions, A l’offensive pour les droits des femmes ! ». Disponible sur : https://www.fidh.org/fr/themes/droits-des-femmes/8-mars-face-aux-attaques-et-regressions-a-l-offensive-pour-les-droits

[11] 8 mars (2003-2017), « Chiffres. Chaque année, le 8 mars est l’occasion de faire un bilan des avancées et des luttes restant à mener ». Disponible sur : http://8mars.info/chiffres/

 

Par Sonia Rodríguez – Coordinatrice de projets au CIPADH

 

Webographie

8 mars (2003-2017), « Le 8 mars célèbre la Journée Internationale des Femmes ». Disponible sur : http://8mars.info/

8 mars (2003-2017), « Comment dit-on ? La « Journée de la Femme » n’existe pas ! Dites simplement « journée des femmes » ». Disponible sur : http://8mars.info/comment-dire  

8 mars (2003-2017), « Chiffres. Chaque année, le 8 mars est l’occasion de faire un bilan des avancées et des luttes restant à mener ». Disponible sur : http://8mars.info/chiffres/

Amy CHOZICK (5 septembre 2015), « Hillary Clinton’s Beijing Speech on Women Resonates 20 Years Later », The New York Times. Disponible sur : https://www.nytimes.com/politics/first-draft/2015/09/05/20-years-later-hillary-clintons-beijing-speech-on-women-resonates/

Hélène FERRARINI (7 mars 2014), « Le 8 mars, célèbre-t-on la journée des femmes, de la femme? De leurs droits? », Slate. Disponible sur : http://www.slate.fr/france/84307/journee-des-femmes-ou-de-la-femme-8-mars

Nations unies (2017), « Journée internationale des femmes 8 mars. Origines de la journée ». Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/womensday/history.shtml

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